3 Mythes sur le Moyen Âge
Si vous êtes ici, c’est probablement parce que vous partagez cette fascination pour une époque à la fois rude et merveilleuse. Le Moyen Âge, souvent mal compris, regorge pourtant de récits, de symboles et de savoirs oubliés. En le redécouvrant, c’est tout un monde entre l’homme, la nature et le mystère que nous faisons revivre.
Table des matières
La réputation
Le Moyen Âge fascine, inspire, fait rêver. Mais il traîne aussi une réputation tenace, façonnée par des siècles de clichés. Entre films, romans et manuels scolaires, les idées reçues se sont installées… et continuent, encore aujourd’hui, à brouiller notre regard sur cette époque.
Mythe n°1 :
Les gens du Moyen Âge ne se lavaient jamais
Les gens du Moyen Âge étaient loin d’être indifférents à la propreté. On pourrait même dire qu’ils en étaient très préoccupés, pour plusieurs raisons très rationnelles.
Hygiène = santé (même sans microbes)
La puanteur (appelée “miasme”) était vue comme un signe de danger : on pensait que l’air corrompu rendait malade.
Se laver, se parfumer, se purifier avait donc une valeur médicale et religieuse.
Logiquement, si une mauvaise odeur est perçue comme dangereuse, se laver devient un acte de prévention.
Mais… attention à ne pas tomber dans l’excès inverse : ça ne veut pas dire que tout le monde sentait bon. Même s’ils ne connaissaient pas les microbes, les gens du Moyen Âge savaient faire le lien entre saleté et maladie.
Les herbiers médiévaux, tels que le Leech Book of Bald (vers 900–950 ap. J.-C.), recommandent des bains à base de vapeur ou de plantes pour soigner diverses affections, ainsi que des guirlandes parfumées pour décorer maisons et corps, notamment de la rose et du romarin. « C’était le diffuseur d’huiles essentielles de l’époque, il y a plus de 1000 ans. »
Le lavandin (lavande) était historiquement précieux pour ses propriétés aromatiques et antiseptiques, et son nom latin dérive même de lavare (« laver »), ce qui reflète son rôle dans les pratiques de purification. Des restes archéologiques montrent qu’on l’utilisait en Europe médiévale pour embaumer des défunts, avec un mélange comprenant de la lavande, de la camomille, de la sauge, du romarin, du thym et d’autres herbes
Girlande aux herbes médicinales, fait maison :
Une petite branche légèrement taillée, des herbes du jardin… l’odeur est incroyable. Je vous invite à en réaliser une : c’est à la fois une méditation et une activité sympa à faire avec les enfants.
Romarin
Sauge
Thym
Menthe
Mélisse
Contrairement à cette image d’Épinal, l’hygiène était une préoccupation majeure au Moyen Âge. Les sources historiques regorgent de preuves concrètes.
Les bains
L’Église encourageait la propreté. Loin d’interdire les bains, elle les recommandait ! Saint Thomas d’Aquin écrivait que se laver était un acte de respect envers Dieu. Les monastères possédaient tous leurs propres bains, et les règles monastiques imposaient des ablutions régulières.
L’hygiène dentaire était une priorité. Les médiévaux se nettoyaient les dents avec des bâtonnets de bouleau taillés en pointe, appelés “cure-dents” ou “escure-dents“. Ces fibres de bouleau avaient des propriétés antiseptiques naturelles.
Les traités médicaux de l’époque, comme celui d’Aldebrandin de Sienne (XIIIe siècle), recommandent explicitement cette pratique quotidienne.
Le rituel du lavage des mains avant les repas
Cette expression que nous utilisons encore aujourd’hui vient directement du Moyen Âge ! Avant chaque repas, des serviteurs apportaient des aiguières (un récipient) d’eau de rose parfumée et des serviettes brodées. Ce rituel était d’autant plus essentiel que la fourchette n’existait pas encore en Occident – elle n’apparaîtra qu’au XIVe siècle en Italie et ne se généralisera qu’à la Renaissance.
On mangeait donc avec les doigts, d’où l’importance cruciale de cette ablution. Les “Contenances de table” du XIIIe siècle précisent : “Avant de vous asseoir, lavez-vous les mains proprement.”
Les nobles rivalisaient d'élégance.
Les inventaires de châteaux révèlent des collections impressionnantes de bassines, aiguières, savons parfumés. La cour de France sous Philippe Auguste était réputée pour son raffinement, et cela passait par une hygiène irréprochable.
D'où vient alors ce mythe ?
De la Renaissance ! Paradoxalement, c’est aux XVIe-XVIIe siècles que l’hygiène se dégrade. La syphilis, rapportée d’Amérique, se transmet dans les bains publics qui ferment. Les humanistes de la Renaissance, pour se valoriser, dénigrent systématiquement le Moyen Âge, créant le mythe de l'”âge sombre” sale et ignorant.
Mythe n°2 :
La Terre était plate et les gens avaient peur de tomber dans le vide
Tous les érudits savaient que la Terre était ronde !
Cette croyance est peut-être le mythe le plus tenace sur le Moyen Âge. Pourtant, c’est une invention pure et simple du XIXe siècle.
Les preuves de la rotondité étaient partout. Dès l’Antiquité, les Grecs avaient calculé la circonférence terrestre. Au Moyen Âge, cette connaissance ne s’est jamais perdue. Les traités d’astronomie, les cartes du monde, les globes terrestres : tout témoigne de cette évidence acceptée par tous les savants.
L'Église enseignait la rotondité.
Saint Augustin, Bède le Vénérable, Thomas d’Aquin… tous les grands théologiens décrivaient une Terre sphérique. Les cathédrales elles-mêmes portent cette symbolique : leurs voûtes représentent la voûte céleste qui entoure le globe terrestre.
Christophe Colomb ne voulait pas prouver que la Terre était ronde.
Il le savait déjà ! Son projet était de rejoindre l’Asie par l’ouest, en sous-estimant la circonférence terrestre. Les savants qui s’opposaient à lui avaient raison : la Terre était plus grande qu’il ne le pensait ! Heureusement pour lui, l’Amérique se trouvait sur sa route…
D'où vient ce mythe ?
D’une bataille idéologique du XIXe siècle. Les partisans du progrès scientifique ont inventé cette fable pour discréditer l’Église catholique, présentée comme obscurantiste. L’écrivain Washington Irving popularise cette légende en 1828 dans sa biographie (romancée) de Colomb.
Mythe n°3 :
Les forêts étaient des lieux terrifiants et impénétrables
Les forêts étaient le poumon économique et social du Moyen Âge ! On les imagine sombres, peuplées de loups et de brigands, territoire du diable et des sorcières.
Rien n’est plus faux…
Les forêts nourrissaient l’Europe. Glandée pour les porcs, cueillette de champignons, baies et plantes médicinales, chasse… Les forêts assuraient la survie des populations rurales. Le droit de “glandée” était si précieux qu’il se transmettait de génération en génération comme un héritage familial.
Les porcs étaient souvent élevés en forêt (le fameux système de la porciculture en forêt), où ils se nourrissaient en grande partie de glands tombés des chênes, ce qui les engraissait naturellement.
Le ramassage et la gestion des glands était donc une tâche importante pour les paysans et les forestiers.
Par extension, on suppose que le terme « glander » (dans le sens de traîner) pourrait venir de l’image du gland tombé au sol, qui reste là à ne rien faire, ou de la personne qui passe son temps à glaner ou ramasser les glands sans activité vraiment valorisée. Intéressant non ?
Elles étaient parfaitement organisées.
Loin d’être sauvages, les forêts médiévales étaient gérées avec une précision remarquable. Les “forestiers” royaux surveillaient les coupes, les “verdiers” protégeaient la faune, les “regardeurs” contrôlaient les droits d’usage. Un véritable code forestier régissait ces espaces avec plus de rigueur que nos réglementations actuelles.
Elles grouillaient d’activité. Charbonniers, verriers, potiers… des centaines de métiers vivaient en forêt. Les abbayes y établissaient leurs granges, les seigneurs leurs pavillons de chasse. Les routes forestières étaient parfaitement entretenues et sûres.
Les "forêts enchantées" étaient des lieux de culture.
Brocéliande, la forêt des romans arthuriens, n’était pas un cauchemar mais un idéal ! Ces forêts littéraires symbolisaient l’harmonie entre l’homme et la nature, loin de nos peurs modernes.
Qu’est-ce que Brocéliande ?
Une forêt légendaire, souvent associée à la forêt de Paimpont, en Bretagne (France), même si son emplacement exact reste mystérieux et symbolique.
Elle est le cadre principal de nombreuses histoires du cycle arthurien, où vivent des personnages magiques comme la fée Morgane, Merlin l’enchanteur, et où se déroulent des événements extraordinaires.
Brocéliande représente un espace magique, mystérieux et sacré, lieu d’épreuves, de quête, de transformation, mais aussi de sagesse et de communion avec la nature.
D'où vient ce mythe ?
De notre propre époque ! C’est nous, citadins du XXIe siècle, qui projetons nos angoisses sur les forêts. Les romantiques du XIXe siècle, déjà coupés de la nature, ont transformé les forêts médiévales en lieux gothiques et effrayants.
Aujourd’hui, on cherche souvent à faire peur avec des animaux comme le sanglier, le lynx, la rage, et bien d’autres encore. Pourtant, je vous assure que le risque d’une attaque de sanglier est extrêmement faible : c’est un animal plutôt craintif qui évite généralement tout contact avec l’homme. De plus, la rage est strictement contrôlée dans la plupart des pays européens. En réalité, un animal bien plus petit représente un danger bien plus grand que tous ceux dont on parle ici…
La tique : petit parasite à surveiller
La tique est un petit acarien qui se nourrit du sang des animaux et de l’homme. Elle se cache dans les herbes hautes et les bois, où elle attend un hôte pour s’y accrocher plusieurs jours. Sa morsure peut transmettre des maladies graves, comme la maladie de Lyme. Bien que souvent indolore, il est important de vérifier sa peau après une sortie en nature et de retirer rapidement toute tique. Pour se protéger, il est conseillé de porter des vêtements couvrants et d’utiliser des répulsifs.
Michel KLEIN,
Informaticien, concepteur E-Learning et pédagogue par la nature
